( extraits de La Montagne Noire d'octobre 1994 )

  Quand on arrive aux Pins, les chats et les chiens sont amicaux et semblent cohabiter en harmonie. Pas d'agressivité dans le regard des molosses, qui vous accueillent en remuant la queue. "Ici, il n'y a que des animaux équilibrés, bien dans leur tête" explique le maître de maison. L'équilibre: cette qualité a été à l'origine du choix de Didier Cabrol en faveur des pur sang arabes, "toujours égaux, au contact facile. Mais aussi polyvalents, agiles et surtout très endurants. Ils savent tout faire: sauter, parader, galoper..." note celui qui a acheté son premier cheval à 18 ans, avec sa deuxième paye d'ouvrier délaineur. " J'ai classé des cuirs pendant 15 ans le matin. L'après-midi, je m'occupais des chevaux" . Fils d'agriculteur, Didier n'a jamais reculé devant le travail. Et le dur labeur de l'usine du Bascaud, à Saint-amans où il est né, ne l' pas éloigné de ses rêves. " j'ai toujours voulu avoir des chevaux. Dès que j'ai su, j'en dessinais partout".
   Avec 3000 francs en poche, il achète Karina, une jument sans origine. Un an plus tard, deux compagnons viendront la rejoindre à Courniou, dans un ranch où il organise des balades. Mais le déclic pour le pur sang arabe viendra en 1977, avec Jano, un étalon espagnol  de 6 ans."j'en suis tombé amoureux" confesse un peu tristement Didier, qui a perdu son mai la semaine précédente. Avant Jano, le jeune Cabrol apprend l'équitation, le dressage, avec un moniteur réputé, Maurice Miellon, de Castres. Il continue à garnir son élevage d'"anglais", arabes ou selles-français.
  Puis Jano et sa classe sauront convaincre Didier d'adopter l'exclusivité "pur-sang arabe". Les gens le considéraient à l'époque comme un petit bijou, un joyau dont on fait des photos ou que l'on admire au pré. Cette mode (qui s'atténue actuellement) confortera Didier Cabrol dans son orientation. A tel point qu'en 1986, il déménage de la vallée du Thoré aux collines de Rigautou pour fonder la Jumenterie des Pins, 100% pur-sangs arabes. " j'ai 12 juments poulinières, 6 étalons et plusieurs dizaines de poulains", nous confie-t-il du bout des lèvres, car chez les Cabrol on ne se vante pas, la discrétion et la simplicité sont de miseet les chiffres sont exclus de la conversation, même si on suppose que les bêtes coûtent des sommes conséquentes: "ma seule ambition est de vivre de ma passion" .  On comprendra aussi pourquoi les produits de la Jumenterie des Pins sont demandés par de nombreux propriétaires français et étrangers. Là-bas, le palefrenier, lad, entraîneur et dresseur sont réunis dans une seule et même personne: Didier Cabrol. Je ne prends pratiquement jamais de vacances, quatre à cinq jours par an. Ici, je suis toujours en vacances. Sa compagne, Brigitte, partage heureusement sa passion pour la "meilleure conquête de l'homme". Et il y a fort à parier que le petit David, 2 ans et demi, bercé dès sa naissance par les hennissements de Desigt de Pau ( champion de France) ou Mozart ("un crack, il a sailli 32 juments en 94") sera à son tour un mordu de cheval. Toutefois, il devra, s'il veut reprendre l'entreprise paternelle, posséder une énergie énorme. La semaine, son temps se partagera entre les écuries et les immenses prés où les chevaux paissent durant l'été. S'il lui reste du jus, il suivra son père dans les compétitions ( pas trop), les exhibitions ( le week-end), où Didier et ses compagnons, Jean-Baptiste et Vincent, montrent leur savoir-faire en matière de dressage. ( Didier préfère le terme "éducation", moins coercitif), de travail  de longues rênes, en tandem.....Au visage resplendissant de son géniteur, c'est tout le bonheur qu'on lui souhaite.